Cédric

Un jour regard noisette, le lendemain d’un noir ébène. Cheveux châtains à l’aube, d’un blond vénitien au clair de lune. Nous dégustions « des roudoudous qui nous coupaient les lèvres et nous niquaient les dents ». J’aimais l’écrire sur les pages de mon journal intime. Notre histoire, relation épistolaire que je prenais peine à cacher au fond du placard à balais. Pourtant, loin d’être poussiéreuse, tout était jeu d’enfants. Il me cajolait. Il me bordait. Je me rappelle ses bras ; doux, réconfortants. Lovée contre lui, je m’évadais. Nous nous enlacions tendrement, en cachette sous le toboggan. « Chuuuut on va se faire attraper! ». Nos bêtises de bambins.

 

Lui, il n’avait jamais peur. Téméraire, fort. Déjà tôt, face aux garçons, je disais oui à tout. Ces cordonniers copulant que nous séparions méticuleusement. « Comme ça, ils n’auront pas d’enfant! ». Qu’est-ce que nous riions !

 

Avec lui, je n’avais jamais peur. Téméraire, forte. Je souhaitais sans cesse l’impressionner. Je tortillais mes cheveux, bombais mes lèvres, dandinais mes hanches. Dans mes jupons bouffants, je m’appliquais à réaliser des enchaînements de perroquets sur la barre de gymnastique, tourne, tourne, tourbillon. « Tu n’arrives pas à faire ça toi, hein ? » Qu’est-ce que nous riions !

 

Ensemble, nous n’avions jamais peur. Téméraires, forts. Des expéditions interdites dans le jardin du home destiné aux séropositifs. « Touche pas, tu vas attraper le SIDA ! ». « Mais non gros bêta, ça ne s’attrape pas! ». « Cap ou pas cap? ». Notre premier baiser lors des promotions. Sur scène, pour moi, il avait chanté. La maladie d’amour. Il voulait que je le sache. Mais gênée, embarrassée, rouge, écarlate, je me suis alors réfugiée sous une table, agrippée aux mollets de ma maman. Déjà tôt, face aux garçons, je disais non à tout.

 

Et puis, nous avons grandi. Sans trop comprendre pourquoi, il est parti. « On ne se quittera jamais, promis! ». J’ai depuis désiré, aimé, partagé, jalousé, crié, pleuré, déprimé, re-désiré, re-aimé, re-partagé, re-jalousé, re-crié, re-pleuré, re-déprimé… Ma maman m’a un jour confié que mon premier amour n’avait en réalité jamais existé. Oui mais moi, je vous le dis, du plus profond de mon cœur d’enfant, je l’ai réellement aimé !

 

© Fiona Marie Mueller, 2015

Envoyez-moi vos mots doux