Moule de Neige

Je m’appelle Kimi. Vous n’avez certainement jamais eu bruit de mon craquant prénom ! Pourtant, croyez-moi, je suis plutôt délicieux. Certains diront même que je suis à croquer ! Nous n’avons pas eu l’occasion de faire connaissance de vive bouche… Plutôt normal pour un bonhomme sur pâtes une seule fois par année. Oui vous savez, lorsque les maisons se réchauffent et se lovent sous leur grand manteau blanc. Enfin, certains hivers, il arrive parfois qu’au-dehors, la grisaille et les pluies viennent assombrir les festivités. J’entends alors mes propriétaires ronchonner. Quel dommage un Noël sans neige ! Qu’ils se plaignent, moi je ne la vois même pas la Blanche. Je ne suis qu’un petit moule à biscuit pardi !

Je ne m’apitoie pas sur mon sort, oh que non ! Durant la longue période de repos que l’on m’accorde, ne vous méprenez pas, nous rigolons avec la bande de copains ! Une coloc’ de fer dans une boîte d’acier : Camel le bossu, Nordmann l’épineux, Luna la versatile, Kör le sentimental et Starlette la lumineuse. Nous nous amusons tous les six à faire des percussions lorsqu’arrive le ménage de printemps. Le temps de fanfaronner avant l’estivation !

A l’étage, avec les autres locataires, nous cohabitons facilement. Et puis, les voisins sont fréquemment absents. Monsieur Sucre passe son temps aux gâteaux et aux thés. Lorsqu’il revient, nous sommes toujours étonnés de le voir aminci. Parfois même, il change de vêtements, l’infidèle ! Et puis, il y a Madame Farine, la coquette, toujours bien poudrée. Elle aussi va et vient en laissant derrière elle de discrètes trainées blanches. Le noble, Monsieur Chocolat de Ménage, passe lui la majeure partie de son temps en dehors du placard. Toujours bien emmitouflé, il quitte parfois son domicile avec Madame Farine et Monsieur Sucre mais rentre rarement à leurs côtés. Quelques jours plus tard, quand il pointe enfin le bout de son papier, c’est très vite qu’il est emmené pour une sortie nocturne dont il rentre entamé !

Fondue, Candi la bougie d’anniversaire, nous a informés que Lola, notre utilisatrice favorite, l’avait soufflée pour sa quinzième année. Elle avait visiblement changé, Lola. Des piercings plein les oreilles. Des t-shirts à slogan. Lola dit non à tout et oui à rien. Lola répond à ses parents. Elle a arrosé Candi de postillons provocants ! Selon Madame Farine, Lola aurait dit au revoir à la pâtisserie, préférant le zapping et se pomponner. Ella a bien changé Lola. Je l’aime bien moi toutefois… Je suis certain qu’elle ne se lassera pas de nous, Lola.

Grâce à elle, nous les copains fréquentons le monde le temps d’une soirée que nous marquons de nos empreintes aiguisées. Sur des airs de Sinatra, nous sommes saisis, pressés, retirés, démultipliés. Fragrance anisée ou chocolatée, pépites et paillettes comme apparats de fête ! Je deviens alors nous. Des kimis enfournés qui se réchauffent aux côtés des Starlettes sur leur 24. Oh Starlette… Si vous la voyiez ! Elle me branche Starlette. J’en ai des étoiles plein la tête ! Un amour d’hiver difficile à vivre au grand jour le reste de l’année. Plutôt timides, nous profitons donc de ces délicieux instants enivrants. Et Lola veille au grain. Une marieuse pâtissière hors pair. Une fois cuits, elle nous empaquète tous deux à proximité pour que notre plaisir puisse se prolonger. Quelques heures durant, nous nous blottissons les uns contre les autres. Evidemment, nous évitons les gestes déplacés car les copains ne sont jamais loin ! Camel tente parfois d’approcher ma douceur, alors que Kör bat la chamade. Qu’importe, ce ne sont que des séducteurs et je sais que pour rien au monde une histoire de biscotille ne viendrait mettre en miettes notre chère amitié.

C’est ainsi que, depuis nos sachets disposés sur la table du salon, enfin nous revivons. L’odeur de cannelle qui réchauffe la maison. Les cadeaux qui s’accumulent au pied du sapin. Les guirlandes qui se reflètent sur les fenêtres givrées. Le feu de cheminée qui crépite lentement. Les santons qui s’animent autour d’une crèche qui a fait son temps. Et parfois, au loin, quelques flocons.

Un spectacle qui se prolonge jusqu’à ce que nous vous rencontrions…

 

 

© Fiona Marie Mueller, 2015

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