Ô Canada

Arrêt.
Fin de voyage.

Plus de 2600 kilomètres de joie.
Des pilotes qui battent le bitume chahuté.
Gauche, euh non droite.
Oups.

Des passagers la tête ailleurs.
Une porte s’ouvre.
Le frigo est-il fermé ?
Oups.

Les fessiers s’agitent au rythme des secousses d’Hervé, notre VR, notre motorisé, notre roulotte, notre maison sur roues.
Fait combien de pieds déjà ?

Dans son antre à extension, intimité réduite.
On chuchote, on se courbe, on se frappe au plafond.

Du bas de training au caleçon, juste quelques jours.
Du rangement à l’étalement, juste quelques minutes.

En route Simone, tu conduis, je klaxonne sur Carly Rae Japsen !

Arrêt.
Fin de voyage.

Plus de beurre de pinottes, de chips Ahoy, de viande OGMéisée, de guimauves au bord du feu.
Plus de rires à se faire sécher les dents.
Plus d’histoires couleur marron, plus de jeux hésitants.

Plus de constellations si perceptibles, de torticolis à passer la nuit la tête dans les étoiles… filantes.
Tu l’as vue ?

Plus de randonnées sans fin, plus de pieds cloqués.
Nous ne nous serons jamais assis sur notre steak.

Icitte, y’avait de la belle flore, de la faune.
T’as tu trouvé l’orignal ?
T’as tu vu l’ours ?

Non, un porc-épic en rut.
Des phoques, des fous-de-bassan, des pygargues, des écureuils…
… une queue de baleine.

Arrêt.
Fin de voyage.

Plus de misère à lutter contre les maringoins et ces étranges bebittes.

Y’a mouillé un peu.
L’odeur d’humidité qui parfumera nos habits pendant quelques jours ne nous fera pas mentir.
La pluie adoucit les morts !

Plus de gougounes-chaussettes, de chapeaux de rangers, de capuches.
Plus de swag d’Irlandais.

Arrêt.
Fin de voyage.

Plus d’érables à perte de vue, de bouleaux muant, d’arbres souffrants.
Plus de fleurs mauves et jaunes ornant les buissons.
Plus de senteurs de sève et de pin.

Plus de roche ferreuse, de rocher percé, de strates fossiles.
Plus de lacs miroirs, d’océan retournant, de long fleuve tranquille.

La nature ne nous appartient pas.
Nous lui avons appartenu.

Stop.
Quotidien.

Retour au magasinage, au cellulaire, aux faces à fesser dedans.
Mais retour aussi à la maison.

Loin, si loin et pourtant si près.
Je me souvenais, je me souviens et je me souviendrai.

 

© Fiona Marie Mueller, 2018

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