Quelle pomme !

J’ignore les raisons qui m’ont conduite autrefois à accepter l’idée farfelue de le nommer Steve. Certes, après 20 heures à la maternité, une péridurale inefficace, des contractions à vous reproduire Hiroshima dans le bas-ventre, je n’avais aucune autre envie que celle de l’appeler « Modisoitu ».

 

Mais tout de même… Steve… Si j’avais su que ce délicieux prénom aux saveurs de pomme et de technologie allait engendrer un contemporain du maître dans ma propre progéniture, je crois alors que j’aurais opté pour une grossesse éternelle durant laquelle nausées, douleurs, sautes d’humeur et kilos auraient étés sources de doux plaisirs. Je vous avouerai que, sur le coup, seule l’expulsion immédiate de cet être si attendu me semblait être la solution.

 

Et puis ses premières années ; Steve fait sa première nuit, Steve fait son premier rot (il y en a eu une ribambelle par la suite), Steve fait ses premiers pas, Steve fait ses premières dents… C’est fou ce qu’à cet âge Steve faisait… Car aujourd’hui Steve ne fait tout bonnement plus rien… Bien qu’il prétende le contraire, esprit contestataire prépubère oblige. Quoique… Si les soirées Play, la journée devant sa tour de contrôle à en avoir les yeux carrés et l’IPhone greffé à la paume de sa main prennent leur sens dans le faire, alors disons que Steve fait. Ce qui est certain c’est qu’il se renseigne sur ce que Steve, l’autre Steve, a fait : « Quel orateur ! Quel visionnaire ! Mon père, ce héros ! ».

 

Si vous pouviez simplement voir l’état de son clavier d’ordinateur : une scène de crime macabre. Des empreintes chocolatées et des miettes entre les touches à en nourrir les pigeons de la Place Saint-Marc ! Une orgie de LU à quelques minutes du souper qui me vaut une surdité aigüe lorsque je tente vainement de l’appeler à table. Clochette, cris stridents, coups de balais au plafond, message sur son mur Facebook suivi d’un réactif « #Tu #me #fait #chier », (mince Steve, la deuxième personne du singulier prend un « S » au présent !), j’aurais tout essayé.

 

Dois-je agir autrement ? Ai-je été trop permissive ? Faut-il que je parle son langage indécent pour me faire enfin comprendre décemment ? Suis-je de celles qui souffrent d’ado blues ? J’aurais tout essayé mais, après tout, et comme il me l’assène souvent : « Mum, Think different » !

 

© Fiona Marie Mueller, 2015

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